Posted: Friday, 10 October 2008
Une déclaration de Ken Georgetti, président du Congrès du travail du Canada sur la crise économique
OTTAWA – Les familles travailleuses canadiennes porteront le fardeau de la crise économique profonde qui résulte des actions égoïstes et arrogantes des dirigeants d’entreprises, provoquées et appuyées par des gouvernements inactifs et complaisants. Nos emplois et nos pensions sont en danger. Aujourd’hui, nous ne demandons rien de moins qu’un changement de direction fondamental.
Immédiatement après les élections, quelle que soit la personne élue, le Premier ministre devra développer un plan d’action national d’urgence avec l’apport du mouvement syndical. Ceci doit inclure des mesures de vérification, de reréglementation et de soutien de notre système financier mal en point et des mesures concrètes pour préserver et créer des emplois par l’entremise d’investissements publics et de modifications aux accords commerciaux injustes.
Nous ne pouvons pas laisser à ceux qui nous ont mis dans cette situation, la tâche de nous en sortir. Pendant des années, nos chefs d’entreprises et politiques nous ont dit que l’économie était « fondamentalement saine » malgré nos salaires stagnants, les dizaines de milliers de bons emplois perdus dans les secteurs manufacturier et forestier et les dettes de plus en plus élevées des familles travailleuses ordinaires qui essaient de joindre les deux bouts.
La crise financière, entraînée par de grands banquiers irresponsables et de toute évidence cupides et par des cadres supérieurs purement et simplement criminels, menace maintenant de nous faire sombrer dans une dépression mondiale. Ceux, qui au Canada et à l’échelle mondiale ont proclamé les vertus des finances mondiales déréglementées et des gouvernements inactifs, sont maintenant exposés et discrédités.
Nous pouvons prétendre que tous les dommages ont été faits par Wall Street, mais ce sont les initiés du Canada qui sont derrière la débâcle des papiers commerciaux adossés à des actifs. Et pour sa part, le ministre des Finances canadien a refusé de s’en mêler, préférant une « solution mise de l’avant par le marché ». Celle-ci a creusé d’immenses failles dans nos régimes de pension.
Les banques canadiennes et leurs économistes nous assurent aujourd’hui que notre propre système financier est sain. Nous espérons que c’est le cas, mais nous n’avons pas vu de vérification indépendante des risques à notre système et il n’y a aucune indication précise quant aux répercussions de la crise sur nos régimes de pensions et les épargnes des familles travailleuses.
Aujourd’hui, personne ne peut répéter le message officiel d’hier à savoir que les « bases de l’économie canadienne sont solides ». L’effondrement du marché boursier canadien au cours des deux dernières semaines a été pire que celui des États-Unis. Loin de nous offrir un coussin, notre secteur des ressources autrefois en plein essor, semble maintenant aussi faible et dévasté que le secteur manufacturier durement touché par la crise qui a perdu plus de 300 000 emplois jusqu’ici.
D’une part, nous payons le prix de l’excessive bulle du crédit parce que les régulateurs gouvernementaux ont manqué de freiner les excès des éléments cupides de l’élite du secteur financier mondial qui ont personnellement empoché des milliards et nous ont mis dans cette situation.
Toutefois, les sources de cette crise sont plus profondes. Dans un monde où les salaires des travailleuses et des travailleurs demeurent stagnants pendant que les profits des entreprises et la rémunération des dirigeantes et des dirigeants montent en flèche pour atteindre des niveaux obscènes, la seule source de croissance est la consommation alimentée par l’endettement. Au Canada aujourd’hui, tout comme aux États-Unis, la dette familiale est à son niveau le plus élevé parce que notre économie ne fonctionne pas pour la main-d’oeuvre.
L’économie ne se rétablira pas par des renflouements de Wall Street ou par des platitudes entourant le besoin d’avoir une main ferme à la barre alors que nous sombrons. Le chômage montera en flèche si les gouvernements, aux paliers national et international, n’adoptent pas de mesures réelles pour résoudre le problème des salaires stagnants et les grands déséquilibres commerciaux.
Les gouvernements ne peuvent plus attendre sans rien faire et prétendre que tout va bien. L’Empereur du capitalisme mondial déréglementé est nu.
Cette débâcle financière exige un changement fondamental de direction immédiat pour protéger les intérêts des familles travailleuses.
Le Congrès du travail du Canada, voix nationale du mouvement syndical, représente 3,2 millions de travailleuses et de travailleurs canadiens. Le CTC rassemble des syndicats nationaux et internationaux de même que des fédérations du travail provinciales et territoriales et 130 conseils du travail de districts. Site web : www.congresdutravail.ca
Contact : Jean Wolff, 613-526-7431 et 613-878-6040

Les familles travailleuses demandent un changement fondamental